Historique : éradication et vaccination

Objectif : éradication de la polio

Comme lors du passage de la polio du stade endémique au stade épidémique dans les nations industrialisées au tournant du 20ème siècle, l’amélioration des normes d’hygiène domestique et personnelle dans de nombreux pays en développement au cours de la seconde moitié du 20ème siècle a engendré des conditions épidémiologiques favorables à une recrudescence d’épidémies de polio.

Lancée en 1967, l’initiative mondiale contre la variole de l’OMS a permis de constater directement que de nombreux vaccins pédiatriques de base étaient très peu utilisés dans les pays en développement – y compris ceux contre la diphtérie, la rougeole, la coqueluche, le tétanos, la tuberculose, et en particulier contre la polio.

Profitant de l’élan pris avec sa campagne de vaccination contre la variole, l’OMS lança en 1974 un Programme élargi de vaccination (PEV) visant à fournir les vaccins de base à tous les enfants du monde.

A la fin des années 1970 et tout au long des années 80, les ravages croissants de la polio paralytique dans les pays en développement, auxquels s’ajoutaient le risque d’exporter le poliovirus sauvage, à partir des zones de forte incidence, vers des régions où la polio avait quasiment disparu, renforcèrent le besoin d’augmenter et de maintenir les niveaux immunitaires mondiaux face à la polio.
Par exemple, une épidémie de polio eut lieu en 1992-93 aux Pays-Bas, au sein d’un groupe religieux particulier qui se refusait à la vaccination. Ce même groupe néerlandais avait déjà été frappé de la même manière en 1978-79. Des cas de polio étaient alors apparus parmi ses membres dans d’autres parties du monde.
Mais, si 11 cas avaient été recensés au Canada en 1978-79, aucun ne fut rapporté en 1992-93 ailleurs qu’aux Pays-Bas.

Heureusement, grâce au fort taux de vaccination au Canada et aux Pays-Bas, la maladie ne s’est pas propagée à l’extérieur de ce groupe précis. En tout état de cause, ces épidémies rappelaient que, comme cela avait été le cas pour le vaccin antivariolique, les programmes de vaccination contre la polio devaient se poursuivre, même dans les pays où la maladie avait disparu, jusqu’à éradication complète de la maladie.
Le premier pas décisif vers l’éradication de la polio fut accompli en 1985, lorsque l’Organisation panaméricaine de la Santé prit pour objectif de l’éradiquer aux Amériques d’ici 1990 ; en 1994, le but était effectivement atteint.

En mai 1988, grâce à des financements substantiels du Rotary International, au soutien conséquent de nombreux gouvernements et à d’énormes dons d’OPV, notamment de la part des Laboratoires Connaught, l’Assemblée mondiale de la Santé décida de faire en sorte que la polio soit éradiquée de la planète pour l’an 2000. La variole a été éradiquée dans les 10 ans prévus, mais pour la polio, la situation est plus complexe, voire décourageante.

Cependant, si en 1988, 1000 cas de polio se déclaraient par jour dans le monde, des progrès remarquables ont été réalisés : cette incidence est aujourd’hui réduite à moins de 1000 cas par an, confinés à 10 pays d’Asie et d’Afrique.

UN MONDE SANS POLIO

En 1988, lorsque l’OMS lança son programme d’éradication de la polio, outre l’élimination du poliovirus sauvage et, par suite, des coûts élevés engendrés par tout nouveau cas de polio, l’objectif secondaire était d’économiser, à terme, les coûts des programmes de vaccination.
En effet, les frais de traitement et de prévention de la maladie s’élèvent aujourd’hui à un total d’environ 1, 5 milliard de dollars US par an.
Mais, si l’objectif premier reste accessible, bien que plus lentement que prévu, le second a récemment été reconsidéré au vu de différents éléments scientifiques, pratiques, politiques et sanitaires inattendus.

Pour atteindre le premier objectif, il faut tout d’abord parvenir à livrer le vaccin à des pays affectés par des conflits et autres instabilités politiques et/ou économiques.
On a néanmoins noté quelques réussites remarquables, où des factions rivales ont accepté une trêve pour permettre à tous les enfants de 5 ans et moins d’être vaccinés.

Les Journées nationales de vaccination (JNV) se sont également révélées efficaces, mais leur organisation demande un effort considérable.
Dans les dix pays où la polio reste endémique – Afghanistan, Angola, Egypte, Ethiopie, Inde, Niger, Nigeria, Pakistan, Somalie et Soudan – plusieurs obstacles demeurent, aussi bien pour livrer et administrer le vaccin que pour assurer le suivi de la maladie.

Le second objectif de l’initiative mondiale d’éradication de la polio, à savoir la fin des programmes de vaccination, est devenu plus délicat. Si l’OPV peut permettre d’éliminer le poliovirus sauvage, l’arme elle-même semble à l’origine d’un problème inattendu. En effet, on a relevé des cas de polio où des souches dérivées du vaccin ont recouvré génétiquement leur virulence après avoir longuement circulé dans la population.
Donc, si la vaccination contre la polio cesse une fois l’éradication confirmée et que l’on laisse faiblir les niveaux de couverture vaccinale, la population deviendra plus vulnérable aux souches virulentes vaccinales.
Pour parachever le tout, on ignore combien de temps exactement les souches dérivées du vaccin peuvent perdurer dans un corps immunodéprimé et circuler au sein des populations.

Avec l’IPV, la circulation de souches dérivées du vaccin est impossible puisque le virus est inactivé ou tué : il ne peut donc se reproduire. Mais pendant les phases initiales de sa production, il nécessite d’énormes quantités de poliovirus virulent, stocks représentant un risque potentiel dont le danger serait encore accru si les programmes de vaccinations cessaient.
En outre, on sait depuis peu que le poliovirus peut être assemblé synthétiquement en laboratoire. En des mains malveillantes, ces poliovirus, naturels ou artificiels, deviendraient une arme de plus en plus puissante à mesure que les niveaux d’immunité faibliraient. Il semble donc peu probable que les programmes de vaccination contre la polio cessent dès lors que l’éradication de la maladie aura été déclarée.
Pour assurer son éradication complète, il faudra probablement maintenir des niveaux immunitaires élevés, au moyen de l’OPV, de l’IPV ou des deux.
Les investissements gouvernementaux et le soutien public aux programmes de vaccination devront être renforcés au cours des dernières phases d’éradication, et se poursuivre plusieurs années après confirmation de cette dernière.

Voici quelques liens et documents intéressants à visiter ou lire en rapport avec cet article :

Site du Rotary : partenaires principaux de l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite

www.polioeradication.org/content/general/PolioSitrepJune2009FR.pdf

www.polioeradication.org

www.unicef.org/french/immunization/23245_polio.html