La Poliomyélite, qu’est-ce que c’est ?

Maladie

Le terme de poliomyélite est couramment utilisé pour désigner la poliomyélite antérieure aiguë. Cette affection, due à un virus a été l’une des premières maladies qui a été étudiée.

Un grand neurologiste français du nom de A. Vulpian avait écrit en 1871 à son sujet : « Cette paralysie atrophique est vraisemblablement une maladie infectieuse aiguë, laquelle dépend d’une infection généralisée du corps, qui se localise de préférence dans une région circonscrite de la moelle. »

La poliomyélite est une maladie infectieuse aiguë de l’homme, se caractérisant par la destruction des neurones moteurs (cellules nerveuses permettant un mouvement) du système nerveux central. Autrement dit, le virus détruit les neurones de la corne antérieure (en avant) de la moelle épinière et les noyaux moteurs des nerfs crâniens (nerfs émergeant de la moelle épinière à l’intérieur du crâne) ce qui entraîne une paralysie des muscles qui sont innervées par ces neurones. Cette infection virale est due à un virus (le poliovirus) et entraîne une maladie mineure non spécifique, une méningite (inflammation des méninges) entrant dans le cadre de la poliomyélite sans paralysie et une paralysie flasque de divers muscles : on parle alors de poliomyélite paralytique. Le poliovirus est petit (22 à 30 nanomètres), ne possède pas d’enveloppe et ses gènes sont uniquement constitués d’ARN. Il existe trois variétés (ou plus précisément trois sérotypes) dont le plus virulent est la cause la plus fréquente des épidémies. La voie d’entrée du virus est le tube digestif. Le virus se multiplie dans la paroi intestinale, gagne ensuite le système lymphatique (ganglions mésentériques, en particulier) et de là passe dans le sang (virémie). Le cheminement du virus se fait sans doute le long des nerfs (neuroprobasie) à partir de la porte d’entrée ou par voie hématogène (à travers le sang).

CAUSES

L’infection par poliovirus est très contagieuse et elle se transmet par contact direct (ingestion d’eau ou d’aliments contaminés). Cette infection, qui était autrefois très fréquente, est devenue plus rare dans les pays occidentaux grâce à la vaccination. Si le vaccin n’a pas été convenablement effectué (oubli des rappels), un individu peut contracter la poliomyélite au cours d’un voyage dans un pays d’endémie (où règne le virus). Ces pays sont l’Afrique et l’Extrême-Orient essentiellement. Dans ces pays où l’éducation sanitaire et l’hygiène ne sont pas bonnes, la dissémination du virus est élevée et se fait tout le long de l’année. La majorité des cas de paralysie touche les enfants de moins de 5 ans.

SYMPTÔMES

L’infection n’entraîne pas systématiquement une maladie (on parle alors de forme bénigne ou forme abortive). En effet, le virus de la poliomyélite n’est à l’origine d’une poliomyélite paralysante (appelée également forme maligne et pouvant entraîner une paralysie ou pas) que dans quelques cas seulement. Pour les deux formes, les signes de début sont identiques. Pour la forme bénigne qui correspond à 80 à 90 % des infections et qui survient essentiellement chez les jeunes enfants, le plus souvent en été et en automne, le virus n’atteint pas le système nerveux central. L’incubation (correspondant à une période silencieuse pendant laquelle les germes se développent dans l’organisme sans apparition des symptômes) dure une semaine environ, on remarque, trois à cinq jours après l’exposition au virus, l’apparition de : un état infectieux de type grippal
• des troubles intestinaux
• Des courbatures
• Une fièvre élevée
• Des douleurs musculaires
• Une sensation de malaise
• Une angine
• Des vomissements Pour la forme maligne
• Des céphalées violentes (maux de tête vifs)
• Une raideur de la nuque et du dos
• Des douleurs musculaires profondes qui traduisent une méningite dite à liquide clair correspondant à une inflammation des méninges (membranes de recouvrement et de protection du système nerveux central)
• Des spasmes musculaires
• Une rétention d’urine (quelquefois)
• L’apparition d’une paralysie qui s’installe en quelques jours, parfois quelques heures, et toujours pendant les phases fébriles (périodes pendant lesquelles le malade a de la fièvre). Cette période dure environ une semaine. Ces paralysies sont irrégulières, touchant différemment une partie ou l’autre partie du corps (asymétrie) et s’accompagne d’une absence de réflexes des zones concernées. Le réflexe est une réponse motrice (entraînant un mouvement) brève, instantanée et involontaire de l’organisme grâce à une action de système nerveux. Ces réponses sont secondaires à une stimulation sensitive. La réponse sensitive est en rapport avec les sensations transmises par les nerfs sensitifs par l’intermédiaire des terminaisons nerveuses. L’exemple le plus connu du grand public est celui du réflexe rotulien qui consiste à frapper d’un coup bref mais suffisamment violent le tendon situé au-dessous de la rotule. Ce geste entraîne un redressement de la jambe quand l’individu n’oppose aucune résistance et ne présente pas d’atteinte du système nerveux. Ces paralysies présentent d’autre part la caractéristique d’être totales pour certains muscles et partielles pour d’autres muscles, avec une atrophie (diminution du volume) dont l’installation est rapide (membres, colonne vertébrale, abdomen, muscles respiratoires et muscles permettant la déglutition (qui permettent d’avaler) dans les cas les plus graves. Il existe des facteurs qui prédisposent aux lésions neurologiques graves : ablation des amygdales effectuée récemment, vaccins (D.T. polio), grossesse, exercice physique intense au début de la période où le système nerveux est touché. La présence de dysphagie (difficulté à avaler), de régurgitation par le nez, d’une voix nasonnée sont des signes précoces de l’atteinte du bulbe rachidien (zone du système nerveux située en arrière du cervelet au-dessus de la moelle épinière et au-dessous du cerveau)

EVOLUTION

La guérison survient en 24 à 72 heures pour la forme bénigne. Ce sont les atrophies musculaires qui constituent les séquelles les plus préoccupantes. Elles s’accompagnent d’une rétraction avec une atteinte sur la croissance de plusieurs membres, ce qui nécessite le plus souvent des interventions chirurgicales en orthopédie. Ces atrophies musculaires touchent également la colonne vertébrale. Dans la poliomyélite paralytique, environ 25 % des patients présentent un handicap fonctionnel permanent et sévère, 25 % présentent un handicap léger, 50 % guérissent sans séquelles de paralysie. La récupération musculaire s’effectue le plus souvent au cours des six premiers mois, mais il faut s’attendre à continuer à récupérer pendant encore deux ans. La mortalité est d’environ 1 à 3 % (quelquefois plus chez certains individus présentant une atteinte du bulbe rachidien).

TRAITEMENT
Pour les patients atteints de la forme bénigne ou paralytique légère, un repos au lit pendant quelques jours est suffisant, associé à des antalgiques (antidouleurs) et à des antipyrétiques (contre la fièvre) Au cours de la poliomyélite active, le repos sur un lit dur (comportant des planches qui maintiennent les pieds en bonne position) est indiqué. En cas de survenue d’infections urinaires (expliquées par les problèmes musculaires de la vessie qui n’élimine par les urines), il est nécessaire de donner au patient des antibiotiques adaptés associés à une grande quantité de liquide pour prévenir la formation des calculs de la vessie (lithiase urinaire de phosphate de calcium). La seule thérapeutique qui puisse être utilisée dans cette pathologie est la rééducation. En effet, il n’existe pour l’instant aucun traitement antiviral spécifique de la poliomyélite. La rééducation, qui doit être entreprise dés la défervescence (arrêt de la fièvre) est continue, elle prévient les déformations du squelette et les rétractions dues aux atrophies musculaires à l’origine des paralysies.

Lecture conseillée :

MOISSON D’INFOS SUR LA POLIOMYELITE ET LE SYNDROME POST-POLIOMYELITIQUE
par Agnès PERINGS, édition 1997
En vente au secrétariat au prix de 20€ pour les membres et 25€ pour les non-membres (frais de port en sus)